L’opéra : un chant pour l’homme habité

Un aller simple de l’opéra vers l’intime est-il possible à l’heure où les esprits attribuent encore souvent ce genre à l’élite, ou du moins, au mélomane curieux et averti ?

À l’opéra, il y a ceux qui entendent, ceux qui écoutent, ceux qui assistent au spectacle, guidés par la tradition, les codes et les coutumes. Il y a également ceux qui voient se nouer et se dénouer leurs scènes intérieures, traversant en ligne droite le quatrième mur pour confondre leurs ombres aux reflets des mélodrames. Tous gagnants, les uns profitent d’un paysage imprenable sur le monde et ses grandes questions, les autres jouissent en prime d’un regard sans cesse renouvelé sur leurs espaces personnels.

On expose souvent l’opéra au sommet des genres, le rendant inaccessible. Certes, l’on convoque le théâtre, l’orchestre et le chant. La configuration suffit-elle ? Et si l’opéra, c’était la faille ? Celle-là même contenue au cœur des voix, ces diamants bruts, taillés et polis au gré des vies et des apprentissages. Celle-là même logée dans l’interstice entre la parole et le chant. Celle-là même libérant tous les possibles.

Il n’y a pas d’opéra sans chant, pas de chant sans voix, pas de voix sans souffle. Respirons donc, le drame est là, partout, mais ensemble la voix et la musique le portent au devant, en éclaireur. Car pour les uns, le chant est le résultat, pour les autres, le dénouement.

(Bruxelles, 2014)