La poésie musicale de Pierre Jean Jouve

par Clara INGLESE, soprano et romaniste et Gilles REMY, musicologue, professeur à l’IAD et aux Conservatoires de Bruxelles et de Mons (le 9 janvier 2016 à la Librairie Quartiers Latins)

Fin connaisseur d’un répertoire musical diversifié, Pierre Jean Jouve (1887-1976) s’est inspiré de l’opéra pour bâtir une œuvre romanesque et poétique de grande ampleur où sa passion pour Mozart, Beethoven, Wagner et Berg a irrigué son imaginaire.

Les grands chefs-d’œuvre lyriques portés par l’amour libertin dans Les Noces de Figaro, l’amour spirituel dans La Flûte enchantée et l’amour-passion dans Tristan et Yseult influencent la vie de ses personnages féminins élaborés en trois cycles dans sa prose (Paulina, Catherine et Hélène).

Ils forment ensemble un opus narratif indissociable où plusieurs niveaux de lecture se superposent dans une polyphonie tendue entre des forces antagonistes : l’amour et la mort, le corps et l’âme, la chute et l’ascension, etc. Par la mise en abyme, cette dialectique jouvienne reflète le drame de la passion essoufflée. Le chant tantôt mystique, tantôt purement spirituel ne trouve écho que dans la mort. C’est au cœur de l’opéra que Jouve trouve le ferment idéal de son écriture ; sa poésie insuffle une énergie au-delà du texte, là où la voix s’élève en apothéose. Aujourd’hui, elle ne se fait plus entendre uniquement à travers la simple lecture mais s’épanouit librement dans la musique.

Clara Inglese et Gilles Remy (Chemins de lecture 99, janvier/février 2016, Quartiers Latins, CFC-éditions)

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